Protéger ses yeux en été
L'été est la saison où nos yeux sont le plus sollicités — et paradoxalement celle où on les protège le moins. Entre le soleil réverbéré sur l'eau et le sable, la climatisation des bureaux et des voitures, les baignades en lentilles et les longues journées à l'extérieur, la surface de l'œil et sa profondeur sont mises à rude épreuve.
La bonne nouvelle : quelques réflexes simples suffisent à préserver vos yeux tout l'été. Je vous explique, en tant qu'ophtalmologue, ce qui se passe réellement et les gestes qui comptent — des lunettes de soleil à la crème solaire, en passant par la clim et les lentilles à la piscine.
Les cinq réflexes — à retenir
Si vous ne deviez retenir que l'essentiel de cet article, ce serait ces cinq gestes. Simples, peu coûteux, ils protègent vos yeux des principales agressions de la belle saison.
Des lunettes UV400
Cherchez le marquage « UV400 » ou « 100 % UV » et le sigle CE — pas la couleur ni le prix.
Chapeau & ombre
Un chapeau à large bord complète les lunettes et protège les paupières aux heures les plus fortes.
Crème solaire sur le visage
Les paupières font partie des zones à risque de cancer cutané : ne les oubliez pas, à distance des cils.
Attention à la clim
Soufflerie loin du visage, pauses écran et larmes artificielles contre les yeux qui piquent.
Pas de lentilles dans l'eau
Piscine, mer, douche : l'eau et les lentilles ne font pas bon ménage. Journalières + lunettes de nage sinon.
Le soleil et vos yeux — ce que font vraiment les UV
On pense spontanément à protéger sa peau du soleil, rarement ses yeux. Pourtant, les rayons ultraviolets agissent sur l'œil de façon immédiate et à long terme.
À court terme : la « brûlure » de l'œil
Une exposition intense et brève aux UV — typiquement une journée à la plage, en mer ou à la montagne sans protection — peut provoquer une photokératite : une inflammation superficielle de la cornée, comparable à un coup de soleil de l'œil. Elle apparaît quelques heures après l'exposition, avec douleur, sensation de sable, gêne à la lumière et larmoiement. Elle guérit généralement seule en un à deux jours, mais reste très inconfortable [1].
Le danger est souvent sous-estimé car les UV sont réfléchis : l'eau, le sable clair et surtout la neige renvoient une part importante du rayonnement vers vos yeux, même à l'ombre d'un parasol.
À long terme : un effet cumulatif
Année après année, l'exposition solaire contribue à plusieurs atteintes de l'œil reconnues par l'Organisation mondiale de la santé : la cataracte (opacification du cristallin), le ptérygion (excroissance de la conjonctive surnommée « œil du surfeur ») et les cancers cutanés des paupières [1].
Bien choisir ses lunettes de soleil
La règle numéro un : la teinte du verre ne dit rien de la protection UV. Ce sont deux choses différentes. Un verre peut être très foncé et ne pas filtrer les ultraviolets — et c'est le pire scénario, car l'obscurité dilate la pupille et laisse entrer plus d'UV qu'à l'œil nu [2].
Ce qui compte vraiment :
- Le filtre anti-UV : cherchez la mention « UV400 » ou « 100 % UV », qui bloque les rayons jusqu'à 400 nanomètres [2].
- Le marquage CE, qui atteste de la conformité à la norme européenne des lunettes de soleil.
- La catégorie de teinte (0 à 4) : la catégorie 3 convient à un fort ensoleillement estival ; la catégorie 4, très foncée, est réservée à la haute montagne et interdite au volant.
- La taille et la forme : des verres enveloppants limitent les rayons qui passent sur les côtés.
Bonne nouvelle : une paire abordable correctement certifiée protège aussi bien qu'un modèle de luxe.
La crème solaire sur le visage — n'oubliez pas les paupières
La peau des paupières est la plus fine du corps, et c'est une zone que l'on oublie presque systématiquement en s'appliquant de la crème solaire.
Pourquoi c'est important
Les paupières et le pourtour de l'œil concentrent une part notable des cancers cutanés du visage. Environ 5 à 10 % des cancers de la peau siègent sur la paupière, le carcinome basocellulaire étant de loin le plus fréquent, et l'exposition aux ultraviolets en est un facteur de risque reconnu [3].
C'est une bonne raison de ne pas négliger cette zone lorsque vous appliquez votre protection solaire sur le visage.
Comment l'appliquer sans irriter l'œil
- Appliquez la crème sur la paupière et le pourtour, en restant à distance du bord des cils, pour éviter qu'elle ne migre dans l'œil et ne pique.
- Privilégiez les filtres minéraux (à base d'oxyde de zinc ou de dioxyde de titane), souvent mieux tolérés sur cette peau sensible.
- Renouvelez l'application régulièrement, surtout après la baignade ou en cas de transpiration.
Et surtout, rappelez-vous que la protection la plus efficace reste physique : un chapeau à large bord et de bonnes lunettes de soleil ombragent naturellement cette zone fragile [3].
Climatisation, ventilation et yeux secs — l'ennemi invisible de l'été
Chaque été, je vois arriver au cabinet des patients aux yeux rouges, qui picotent ou qui pleurent — sans avoir passé une minute au soleil. En cause : l'air sec et brassé.
Ce qui se passe à la surface de l'œil
Vos yeux sont protégés par un film lacrymal, une fine pellicule de larmes qui les hydrate et les lubrifie à chaque clignement. La climatisation et les ventilateurs assèchent l'air et accélèrent l'évaporation de ce film. En laboratoire, une exposition à un air très sec suffit à perturber la stabilité des larmes et à augmenter leur évaporation [4].
Le résultat est cette sécheresse oculaire saisonnière : sensation de sable, picotements, yeux qui, paradoxalement, se mettent à pleurer pour compenser.
L'effet écran, qui aggrave tout
En vacances comme au bureau, on passe beaucoup de temps sur les écrans. Or, devant un écran, on cligne des yeux beaucoup moins souvent — la fréquence de clignement peut chuter fortement. Moins de clignements dans un air climatisé, et le film lacrymal se déstabilise d'autant plus vite.
Mes conseils pratiques
- Orientez la soufflerie de la climatisation (et le ventilateur de nuit) loin de votre visage — jamais dans les yeux.
- Dans la voiture, évitez de diriger les aérateurs vers vos yeux, surtout en conduite prolongée.
- Appliquez la règle des pauses devant les écrans : détournez régulièrement le regard vers un point éloigné, et pensez consciemment à cligner des yeux.
- Gardez à portée de main des larmes artificielles (substituts lacrymaux) pour réhydrater la surface de l'œil au besoin.
- Buvez suffisamment : une bonne hydratation générale aide aussi votre film lacrymal.
Si la gêne persiste malgré ces mesures, une consultation permet d'en rechercher la cause — notamment une blépharite ou un dysfonctionnement des glandes de Meibomius, qui relèvent parfois d'un traitement par IPL.
Lentilles à la piscine et à la plage — la vigilance qui compte vraiment
C'est le point sur lequel j'insiste le plus auprès de mes patients porteurs de lentilles. Le réflexe « je garde mes lentilles pour nager » est très répandu, et il n'est pas anodin.
Le risque : l'Acanthamoeba
L'eau — qu'il s'agisse de la piscine, de la mer, d'un lac, mais aussi de l'eau du robinet et de la douche — peut contenir un micro-organisme appelé Acanthamoeba. Au contact d'une lentille, il peut adhérer à l'œil et provoquer une kératite à Acanthamoeba : une infection de la cornée rare mais grave, douloureuse et parfois menaçante pour la vision [5].
Les porteurs de lentilles sont, de loin, les plus concernés. C'est pourquoi les autorités sanitaires recommandent de ne jamais exposer les lentilles à l'eau [5][6].
Les bons gestes en vacances
- Idéalement, ne portez pas vos lentilles pour vous baigner. Une paire de lunettes de vue correctrices, ou des lunettes de nage à votre correction, sont de bonnes alternatives.
- Si vous ne pouvez pas y renoncer, préférez des lentilles journalières, jetées immédiatement après la baignade, sous des lunettes de nage bien étanches.
- Retirez vos lentilles avant la douche et avant tout contact prolongé avec l'eau.
- Ne rincez et ne conservez jamais vos lentilles avec de l'eau du robinet : uniquement avec la solution d'entretien prévue.
- En cas d'œil rouge, douloureux ou photophobe après une baignade en lentilles, consultez sans tarder.
Vos questions sur les yeux en été
Non. Ce qui protège vos yeux n'est pas le prix ni la couleur du verre, mais le filtre anti-UV. Cherchez la mention « UV400 » ou « 100 % UV », et le marquage CE qui atteste de la conformité à la norme européenne. Des lunettes abordables correctement certifiées protègent aussi bien que des modèles de luxe. À l'inverse, des verres très foncés sans filtre UV certifié peuvent être contre-productifs : dans la pénombre du verre, la pupille se dilate et laisse entrer davantage d'ultraviolets.
Ce n'est pas recommandé. L'eau — piscine, mer, lac, mais aussi eau du robinet et douche — peut contenir un micro-organisme, l'Acanthamoeba, responsable d'une infection rare mais grave de la cornée. Les lentilles favorisent son adhésion à l'œil. La consigne des autorités sanitaires est de ne pas exposer les lentilles à l'eau. Si vous ne pouvez pas y renoncer, préférez des lentilles journalières jetées immédiatement après, sous des lunettes de nage étanches, et retirez-les avant la douche.
La climatisation n'abîme pas les yeux, mais elle assèche l'air et accélère l'évaporation du film lacrymal, ce qui provoque picotements, sensation de sable et yeux qui pleurent. Le phénomène est aggravé devant un écran, car on cligne des yeux beaucoup moins souvent. Orientez la soufflerie loin du visage, faites des pauses régulières, pensez à cligner et utilisez si besoin des larmes artificielles.
Oui, et c'est utile car les paupières sont une zone fréquente de cancers cutanés liés au soleil. Appliquez la crème sur la paupière et le pourtour de l'œil en restant à distance du bord des cils pour éviter qu'elle ne migre dans l'œil et ne pique. Les filtres minéraux sont souvent mieux tolérés sur cette peau fine. La meilleure protection reste toutefois physique : un chapeau à large bord et de bonnes lunettes de soleil.
Oui. Le cristallin de l'enfant, plus transparent que celui de l'adulte, filtre moins les ultraviolets, et l'exposition au soleil est cumulative tout au long de la vie. Des lunettes certifiées UV400 adaptées à leur visage, un chapeau et l'ombre aux heures les plus chaudes sont d'excellents réflexes dès le plus jeune âge.
Une exposition intense aux UV, souvent réfléchis par l'eau, le sable ou la neige, peut provoquer une photokératite : une véritable « brûlure » superficielle de la cornée. Elle se manifeste quelques heures après par une douleur, une gêne à la lumière et des larmoiements, et guérit le plus souvent seule en un à deux jours. Mais toute douleur oculaire intense, persistante ou avec baisse de vision doit amener à consulter rapidement un ophtalmologue.
Un doute, une gêne persistante ?
Si vos yeux restent rouges, secs ou douloureux malgré ces précautions, ne laissez pas traîner. Je vous reçois au Cabinet OPHTALIFE, à Boulogne-Billancourt et à Paris, pour un examen complet de la surface oculaire et de votre vision.
Pages associées
Références scientifiques
Cet article s'appuie sur les recommandations d'organismes de santé de référence et sur des publications scientifiques vérifiables.
-
1
Organisation mondiale de la santé (OMS / WHO). Ultraviolet (UV) radiation — effets sur l'œil : photokératite, cataracte, ptérygion, cancers cutanés. who.int
-
2
American Academy of Ophthalmology (AAO). Recommended Types of Sunglasses — protection UV400 et santé oculaire. aao.org
-
3
Ocular basal cell carcinoma: a brief literature review. Carcinome basocellulaire des paupières et exposition aux ultraviolets. Onco Targets Ther / PMC.
-
4
Intraocular Scattering, Blinking Rate, and Tear Film Osmolarity After Exposure to Environmental Stress. Effet de la faible humidité sur le film lacrymal. Transl Vis Sci Technol / PMC.
-
5
American Academy of Ophthalmology (AAO), EyeNet. Risk of Acanthamoeba Keratitis in Contact Lens Users — eau et port de lentilles. aao.org
-
6
Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Acanthamoeba Keratitis — facteurs de risque et prévention (éviter l'eau avec les lentilles). cdc.gov
Les contenus de ce site sont à visée informative et ne se substituent pas à une consultation médicale. Toute décision thérapeutique doit être prise en concertation avec votre ophtalmologue.