Chirurgie cornéenne

Greffe de cornée — restaurer la transparence

La greffe de cornée restaure la transparence cornéenne lorsque le traitement médical ne suffit plus. Elle remplace la partie malade ou opaque de la cornée par du tissu sain prélevé sur un donneur, dans le respect des principes du don d'organe en France (consentement présumé, gratuité, anonymat — art. L.1232-1, L.1211-4 et L.1211-5 du Code de la santé publique).

Avec les techniques modernes lamellaires (DMEK, DSAEK, DALK), on peut transplanter sélectivement la couche atteinte plutôt que toute l'épaisseur cornéenne, ce qui réduit le risque de rejet et accélère la récupération visuelle. Je réalise personnellement vos greffes de cornée (DMEK, DALK, kératoplastie transfixiante) à Boulogne-Billancourt, en proche banlieue de Paris : pose d'indication, bilan pré-opératoire, chirurgie au bloc et suivi post-opératoire à long terme.

DMEK · DSAEK DALK · KP transfixiante Banque de cornées Rejet faible (selon technique)
Greffe de cornée — illustration des techniques lamellaires (DMEK, DSAEK, DALK) et de la kératoplastie transfixiante
Fondamentaux

Qu'est-ce que la greffe de cornée ?

La cornée est la fenêtre optique de l'œil. Lorsqu'elle devient opaque ou malade, une greffe restaure la transparence et la vision.

Anatomie cornéenne en 5 couches

La cornée comporte 5 couches essentielles :

  • Épithélium — protection, régénération rapide
  • Couche de Bowman — barrière mécanique
  • Stroma — 90% de l'épaisseur, fibrilles de collagène
  • Membrane de Descemet — barrière fine mais robuste
  • Endothélium — pompe (déshydrate le stroma), indispensable

Une lésion de l'une de ces couches suffit à altérer la transparence. Les techniques modernes permettent de remplacer sélectivement la ou les couches atteintes.

De la kératoplastie transfixiante aux techniques lamellaires

Historiquement, on greffait toute l'épaisseur cornéenne (kératoplastie transfixiante / KP). Aujourd'hui, on privilégie les greffes lamellaires sélectives :

  • DMEK — greffe d'endothélium seul (technique de référence pour la dystrophie endothéliale)
  • DSAEK — endothélium + stroma fin
  • DALK — stroma antérieur (conserve endothélium du patient)

Ces techniques lamellaires réduisent le risque de rejet et accélèrent la récupération visuelle. La kératoplastie transfixiante reste indiquée pour les atteintes les plus sévères.

Choix technique

Les quatre techniques principales

Le choix dépend de la pathologie, de la couche atteinte, et du profil du patient. Voici un comparatif détaillé.

~4 800
Greffes de cornée par an en France (rapport ABM)
> 90 %
Survie du greffon à 5 ans en DALK et DMEK
75–95 %
Survie du greffon à 5 ans selon la technique
Pas de rejet endothélial
En DALK — endothélium du patient préservé

DMEK

Endothélium + Descemet · Technique de référence

Greffe sélective de l'endothélium et de sa membrane basale (greffon très fin, environ 10 µm). Indications : dystrophie de Fuchs, décompensation endothéliale post-cataracte. Taux de rejet très bas dans les séries publiées (Anshu, Ophthalmology 2012), récupération visuelle rapide (souvent quelques semaines) et très bonne qualité optique.

DSAEK

Endothélium + stroma fin · Intermédiaire

Greffe de l'endothélium associée à un fin volet stromal postérieur. Techniquement plus standardisée que la DMEK. Indications proches (Fuchs, décompensation post-cataracte). Bon compromis entre facilité de manipulation et efficacité, récupération en quelques semaines à quelques mois.

DALK

Stroma antérieur · Référence dans le kératocône

Greffe sélective du stroma antérieur préservant l'endothélium du patient. Indication principale : kératocône avancé. Avantage majeur : absence de rejet endothélial spécifique et longévité prolongée du greffon (souvent > 20 ans dans les séries publiées). Vision habituellement satisfaisante après stabilisation.

Kératoplastie transfixiante (KT)

Toute l'épaisseur · Indications graves

Greffe de l'épaisseur cornéenne complète. Réservée aux atteintes étendues : cicatrices traumatiques majeures, infections sévères, hydrops chronique, brûlures chimiques. Risque de rejet plus élevé (estimé entre 15 et 20 % à 5 ans selon les séries) et cicatrisation plus longue, mais reste indispensable dans certaines situations.

Au cabinet — ma pratique

Je réalise personnellement vos greffes

Je pratique les trois principales techniques de greffe de cornée : DMEK (greffe endothéliale ultra-fine, sous anesthésie locale et sédation), DALK (greffe lamellaire antérieure pour le kératocône, sous anesthésie générale) et kératoplastie transfixiante (KT) pour les atteintes étendues (sous anesthésie générale). Je prends en charge l'ensemble du parcours : pose d'indication, bilan pré-opératoire (imagerie sur Anterion, microscopie spéculaire, OCT), chirurgie au bloc opératoire et suivi post-opératoire à long terme (corticothérapie, surveillance immunologique, prévention du rejet).

Quand opérer

Indications principales

Le diagnostic et le stade de la maladie déterminent la technique et l'urgence. Voici les situations les plus courantes.

Indications courantes
  • Fuchs (dystrophie endothéliale) → DMEK ou DSAEK
  • Décompensation post-cataracte → DMEK/DSAEK
  • Kératocône avancé (verres sclérales échouées) → DALK préféré
  • Hydrops chronique post-KC → DALK ou KP selon sévérité
  • Cicatrices cornéennes étendues (post-trauma, post-infection) → KT
  • Dystrophies stromales (Lattice, Granular, Macular) → DALK ou KP
  • Infections cornéennes rebelles (kératites, ulcères) → KP urgence
  • Brûlures chimiques sévères → KP ou DALK selon profondeur
Situations spéciales à discuter
  • Pathologie rétinienne associée (DMLA, membrane épirétinienne) — bénéfice à pondérer
  • Sécheresse oculaire sévère — traiter avant pour optimiser cicatrisation
  • Pathologie endothéliale modérée — parfois observation plutôt que greffe
  • Kératocône débutant — cross-linking d'abord, réserver DALK si progression
  • Patients à haut risque de rejet (alloimmunisés) — discussions approfondies
  • Attente : qualité de vie, acuité visuelle actuelle, professions exigeantes

Aucune situation ne contre-indique formellement la greffe : elle impose surtout une préparation et un suivi adaptés.

Préparation

Le bilan pré-opératoire

Une greffe de cornée requiert une préparation minutieuse et une inscription sur liste d'attente gérée par l'Agence de la Biomédecine.

Étape 1

Bilan ophtalmologique complet

Acuité visuelle, examen détaillé à la lampe à fente, imagerie cornéenne sur Anterion, microscopie spéculaire (comptage endothélial), topographie cornéenne, biométrie si chirurgie de la cataracte associée, OCT maculaire pour exclure une pathologie rétinienne associée.

Étape 2

Inscription sur liste d'attente

Démarche coordonnée avec l'Agence de la Biomédecine. Délai très variable : quelques jours en cas d'urgence (perforation, infection sévère), plusieurs mois pour les indications électives. Vous êtes prévenu dès la disponibilité d'un greffon compatible.

Étape 3

Consultation anesthésie

Évaluation des antécédents, des allergies et des comorbidités. Choix du type d'anesthésie : anesthésie locale + sédation pour la DMEK, anesthésie générale pour la DALK et la kératoplastie transfixiante.

Étape 4

Information et consentement éclairé

Discussion détaillée des bénéfices attendus, des risques, des alternatives et du suivi nécessaire. Remise et signature du consentement éclairé. Je reste disponible pour répondre à vos questions, au cabinet ou par téléphone.

Bloc opératoire

Le geste opératoire

Chaque greffe est une intervention précise, réalisée en bloc opératoire, avec des protocoles stricts de qualité.

Préparation et sourçage du greffon

Le greffon provient d'un donneur décédé, prélevé dans une banque de cornée. En France, le réseau est coordonné par l'Agence de la Biomédecine. Avant l'intervention, le greffon est validé selon des critères stricts :

  • Sérologies du donneur : VIH-1/2, VHB, VHC, syphilis, HTLV-1/2 (et autres marqueurs selon les recommandations en vigueur)
  • Cultures microbiologiques du milieu de conservation
  • Comptage endothélial (seuil de viabilité spécifique pour les greffes endothéliales : DMEK, DSAEK, KT)
  • Examen morphologique du greffon à l'état frais

Pour la DALK, l'endothélium du patient étant préservé, le seuil endothélial du greffon est moins critique.

Conditions opératoires

  • Anesthésie : locale + sédation pour la DMEK ; anesthésie générale pour la DALK et la kératoplastie transfixiante.
  • Opérateur : je réalise personnellement vos greffes (DMEK, DALK, KT) — depuis la pose d'indication jusqu'au suivi postopératoire.
  • Hospitalisation : ambulatoire la plupart du temps ; une nuit exceptionnellement.
  • Postopératoire immédiat : collyres anti-inflammatoires et antibiotiques, coque ou pansement de protection. Conduite déconseillée le jour même.
Post-opératoire

Suites opératoires et surveillance immunologique

Le suivi post-opératoire est capital pour prévenir le rejet et optimiser la récupération visuelle. Voici les étapes clés et la surveillance annuelle long-terme qui prévient les complications.

J+1

Premier examen obligatoire

Vérification de la bulle d'air (DMEK/DSAEK), tolérance oculaire, profondeur de chambre antérieure. Ajustement des collyres anti-inflammatoires et antibiotiques.

J+7

Retrait du pansement

Si guérison épithéliale. Débute posologie des anti-inflammatoires et antibiotiques. Évaluation première vision (souvent floue, c'est normal à ce stade).

M+1

Consultation clé

OCT cornéen de suivi, mesure de l'acuité visuelle. La vision s'améliore progressivement. La corticothérapie est poursuivie. En cas de KT, un ajustement de certaines sutures peut être envisagé.

M+3 à M+6

Suivi régulier & stabilisation réfractive

Réfraction se stabilise : M+1-2 pour DMEK/DSAEK, plus tard pour DALK/KP. Diminution progressive des corticoïdes. Contrôles tous les 3 mois.

M+12 et au-delà

Surveillance annuelle long-terme

Important : corticothérapie prolongée (12 à 24 mois au minimum) avec surveillance régulière de la PIO. Visite annuelle indispensable pour détecter un rejet ou une complication tardive (glaucome, cataracte, opacification). Comptage endothélial répété pour suivre l'état du greffon.

La clé du succès : une vigilance immunologique prolongée et une adhésion aux rendez-vous de suivi annuel.

Restaurer durablement la transparence cornéenne

Cornée opaque, dystrophie endothéliale, kératocône avancé ou cicatrice étendue : une consultation permet d'évaluer si une greffe (DMEK, DALK ou KT) est indiquée dans votre situation.

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Réalisme clinique

Risques et complications

Tout geste chirurgical comporte des risques. Voici les principaux à connaître.

Atouts de la greffe
  • Restauration durable de la transparence cornéenne dans la grande majorité des cas
  • Techniques modernes (DMEK, DALK) peu invasives
  • Rejet rare avec bonnes conditions immunologiques
  • Greffe répétable si échec initial
  • Qualité de vie restaurée pour des patients à vision sévèrement altérée
Risques et complications
  • Rejet du greffon (taux variable selon la technique, plus élevé en KT) — surveillance immunologique prolongée
  • Hypertonie / glaucome — d'origine cortisonique et/ou liée à la chirurgie elle-même
  • Cataracte secondaire — peut survenir dans les mois ou années qui suivent
  • Opacification ou fibrose du greffon — retard de cicatrisation
  • Infection rare mais grave (urgence) — kératite microbienne, abcès sur fil
  • Sutures lâches ou abcédées (KT et DALK) — risque infectieux, à signaler immédiatement
  • Décollement du greffon (DMEK / DSAEK) — peut nécessiter une réinjection de bulle d'air
  • Astigmatisme post-opératoire parfois marqué (surtout après KT) — correction optique ou retouche chirurgicale
  • Néovascularisation cornéenne possible après un épisode de rejet ou d'inflammation prolongée
  • Régreffe possible en cas d'échec, mais succès plus aléatoire (alloimmunisation cumulée)
  • Arrêt de travail parfois prolongé selon la technique et l'activité professionnelle

Signes d'alerte d'un rejet : flou progressif, douleur oculaire, rougeur, larmoiement, photophobie. Tout signe impose une consultation urgente (même le week-end). Ne pas attendre.

Données actuelles

Pronostic et taux de réussite

Les chiffres ci-dessous proviennent de registres multinationaux et études prospectives récentes.

Survie du greffon (greffe fonctionnelle à 5 ans)

  • DALK : > 90 % — avantage : pas de rejet endothélial spécifique
  • DMEK : > 90 % — taux de rejet faible, très bonne qualité visuelle
  • DSAEK : environ 85 % — technique intermédiaire fiable
  • Kératoplastie transfixiante (KT) : 75-85 % — taux de rejet plus élevé, intervention non sélective (greffe de toute l'épaisseur)

Récupération visuelle

La vision progresse graduellement. DMEK : souvent bonne à M+2-3. DALK : M+3-6. KT : M+6-12, la stabilisation peut être plus lente. Certains patients voient une amélioration jusqu'à M+24.

Possibilité de regreffe

Si une greffe échoue (rejet, infection, opacification, décompensation endothéliale), une seconde greffe est possible, voire une troisième dans certaines situations. Les risques de rejet sont un peu plus élevés à chaque regreffe en raison de l'alloimmunisation cumulée, mais les résultats restent satisfaisants quand l'indication est posée au bon moment.

Votre suivi

Parcours patient — 4 étapes clés

Du diagnostic à la surveillance à long terme, je vous accompagne à chaque étape.

1
Consultation initiale & bilan
Diagnostic précis et indication de la technique de greffe, bilan complet (Anterion, OCT cornéen, microscopie spéculaire), évaluation générale. Inscription sur liste d'attente si la candidature est retenue. Discussion détaillée des délais, risques et alternatives.
2
Phase d'attente
Délai variable selon le degré d'urgence et la disponibilité d'un greffon compatible. Maintien du suivi ophtalmologique pendant cette période. Vous êtes prévenu dès qu'un greffon est disponible.
3
Chirurgie & suites immédiates
Je réalise la greffe au bloc opératoire (locale + sédation pour la DMEK, anesthésie générale pour la DALK et la KT). Retour à domicile le jour même dans la plupart des cas. Contrôles J+1, J+7 et M+1, traitement local prescrit.
4
Suivi à long terme
Surveillance régulière (M+1, M+3, M+6, M+12 puis annuelle). Corticothérapie décroissante mais prolongée. Éducation aux signes de rejet (flou, douleur, rougeur, photophobie). Suivi à vie pour préserver le greffon.
Questions fréquentes

FAQ — Vos questions répondues

Prochaine étape

Restaurez votre vision

La greffe de cornée restaure la transparence cornéenne quand le traitement médical ne suffit plus. Techniques modernes lamellaires sélectives (DMEK, DALK), suivi immunologique rigoureux : un bilan complet permet de poser l'indication et d'évaluer la meilleure stratégie.

Cabinet OPHTALIFE — Boulogne-Billancourt (92)
Ancien assistant Hôpital des Quinze-Vingts
Disponible via Doctolib
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Bibliographie

Références scientifiques

Cette page s'appuie sur les recommandations internationales et les publications de référence en greffe cornéenne. Toutes les sources sont vérifiables.

  1. 1

    Melles GR, Ong TS, Ververs B, van der Wees J. Descemet membrane endothelial keratoplasty (DMEK). Cornea. 2006;25(8):987-990.

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    Anshu A, Price MO, Price FW Jr. Risk of corneal transplant rejection significantly reduced with DMEK. Ophthalmology. 2012;119(3):536-540.

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    Tan DT, Dart JK, Holland EJ, Kinoshita S. Corneal transplantation. Lancet. 2012;379(9827):1749-1761.

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    Knoeri J, Mhenni R, Friquet C, Hage A, et al. Comparison of optical aberrations in keratoconus with scleral versus rigid gas permeable lenses. Eur J Ophthalmol. 2024;34(2):394-398.

  5. 5

    Agence de la Biomédecine. Rapport annuel sur la greffe de cornée en France. Available: https://www.agence-biomedecine.fr

  6. 6

    Eye Bank Association of America (EBAA). 2023 Eye Banking Statistical Report. Washington, DC.

Les contenus de ce site sont à visée informative et ne se substituent pas à une consultation médicale. Toute décision thérapeutique doit être prise en concertation avec votre ophtalmologue.